Deux régimes fiscaux distincts, deux logiques différentes
La distinction commence là. Louer un bien vide, c'est percevoir des revenus fonciers, une catégorie codifiée aux articles 14 à 33 du Code général des impôts. Louer meublé, c'est exercer une activité commerciale au sens fiscal et déclarer des bénéfices industriels et commerciaux, les BIC. Cette différence de catégorie n'est pas un détail administratif. Elle détermine les charges déductibles, les abattements disponibles, la fiscalité à la revente, et les obligations comptables.
Location nue : micro-foncier ou régime réel
En location nue, deux régimes sont disponibles. Le micro-foncier s'applique automatiquement si vos revenus locatifs annuels ne dépassent pas 15 000 euros. Il offre un abattement forfaitaire de 30% : vous déclarez 70% de vos loyers bruts comme revenus imposables, sans justifier vos charges réelles. Simple, mais limité dès que vos charges effectives dépassent cet abattement.
Le régime réel foncier permet de déduire les charges réelles : taxe foncière, charges de copropriété, intérêts d'emprunt, travaux, frais de gestion. Et surtout, il ouvre la porte au déficit foncier. Si vos charges déductibles dépassent vos loyers, vous créez un déficit foncier. La fraction de ce déficit qui ne provient pas des intérêts d'emprunt est imputable sur votre revenu global jusqu'à 10 700 euros, dans l'année où il est constaté. C'est un avantage fiscal immédiat. La partie excédentaire au-delà de 10 700 euros, ainsi que la fraction issue des intérêts d'emprunt, est reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes, pas sur le revenu global. Ce mécanisme est particulièrement utile sur un bien avec des travaux importants à engager, où le déficit peut être significatif la première année.
Location meublée : micro-BIC ou réel avec amortissement
En meublé, le micro-BIC offre un abattement de 50% sur les loyers perçus, jusqu'à 77 700 euros de recettes annuelles pour les locations longue durée classiques. C'est son avantage sur le micro-foncier : un abattement supérieur qui reflète les charges plus importantes d'une location meublée. Attention toutefois : depuis la loi de finances 2025, les meublés de tourisme non classés voient leur abattement ramené à 30% avec un plafond de 15 000 euros. Le durcissement est significatif pour les locations saisonnières.
Le régime réel BIC en LMNP, c'est une autre logique. Il permet d'amortir comptablement le bien immobilier (hors terrain, sur 20 à 30 ans), le mobilier (5 à 10 ans) et certains travaux. Ces amortissements sont des charges déductibles sans sortie de trésorerie réelle. Ils viennent effacer le résultat imposable année après année. Pendant 15 à 25 ans, les loyers peuvent être quasiment exempts d'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux, à 18,6% en 2026 contre 17,2% auparavant suite à la hausse de la CSG dans la LFSS 2026, restent dus. Mais c'est tout.
L'amortissement : l'avantage décisif du meublé, et ses limites
Voilà où l'écart fiscal se creuse vraiment. Un bien acheté 200 000 euros (hors terrain, disons 170 000 euros amortissables) sur 25 ans génère 6 800 euros de charges comptables annuelles. Si les loyers annuels sont 10 000 euros et les charges réelles 3 000 euros, le résultat imposable n'est pas 7 000 euros mais zéro. L'amortissement a absorbé tout l'excédent. C'est pourquoi la grande majorité des nouveaux investisseurs particuliers optent aujourd'hui pour le meublé. Mais il y a un revers que beaucoup n'ont pas encore intégré.
La réintégration des amortissements dans la plus-value depuis 2025
Depuis le 15 février 2025 (article 150 VB III du CGI), les amortissements déduits pendant la location meublée doivent être réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente. Concrètement : si vous avez déduit 80 000 euros d'amortissements sur 15 ans, ces 80 000 euros s'ajoutent à votre plus-value taxable au moment de la cession.
L'exemple est parlant. Un bien acheté 200 000 euros, revendu 250 000 euros après 15 ans de LMNP avec 80 000 euros d'amortissements cumulés. La plus-value brute n'est pas 50 000 euros. Elle est 130 000 euros. Avec les abattements pour durée de détention (exonération IR totale après 22 ans, exonération PS totale après 30 ans), l'impact peut rester limité sur une longue détention. Sur une détention de 10 à 15 ans, le choc fiscal à la revente peut être significatif et doit être anticipé dès l'achat dans votre modélisation globale.
À retenir : Cette réforme ne tue pas l'avantage du meublé. Elle oblige simplement à raisonner sur la durée totale de détention, et à modéliser le TRI global de l'opération, pas seulement le cash-flow annuel.
Ce que les réformes 2025 et 2026 changent concrètement
Les deux dernières années ont redistribué les cartes entre les deux régimes. Du côté du meublé : réintégration des amortissements dans la plus-value, hausse des prélèvements sociaux à 18,6%, durcissement du micro-BIC touristique. L'avantage reste réel, mais il est moins écrasant qu'avant 2025.
Le statut du bailleur privé : l'amortissement arrive en location nue
La nouveauté la plus structurante vient d'un côté inattendu. L'article 47 de la loi de finances 2026, applicable depuis le 21 février 2026, crée le statut du bailleur privé, parfois appelé dispositif Jeanbrun dans la presse spécialisée. Il permet pour la première fois d'amortir un bien en location nue, à raison de 3 à 5,5% par an sur 80% du prix d'acquisition.
Les conditions sont strictes : engagement de location de 9 ans minimum, respect de plafonds de loyers et de ressources des locataires selon la zone, applicable aux acquisitions réalisées entre le 21 février 2026 et le 31 décembre 2028. Ce statut rapproche la fiscalité de la location nue de celle du meublé, tout en conservant les avantages du bail nu : stabilité, 3 ans minimum, pas de contrainte de mobilier, pas de comptabilité BIC obligatoire. Et contrairement au LMNP, les amortissements ne sont pas réintégrés dans la plus-value à la revente. Pour un investisseur qui achète aujourd'hui et veut la tranquillité d'un locataire stable, ce dispositif mérite d'être sérieusement étudié.
Qui devrait vraiment choisir quoi
Si vous êtes fortement imposé (TMI 41% ou 45%), que vous achetez un bien dans une ville universitaire ou un centre-ville où la demande de meublé est forte, et que vous envisagez une détention longue de 15 ans et plus, le LMNP au réel reste très puissant. La réintégration des amortissements dans la plus-value est un coût à anticiper dans votre modélisation, pas une raison d'écarter le régime.
Si vous achetez un bien nécessitant des travaux importants et que vous optez pour la location nue au régime réel, le déficit foncier peut générer une économie fiscale immédiate sur votre revenu global dès la première année, dans la limite de 10 700 euros. L'excédent réduit vos revenus fonciers futurs sur les dix années suivantes. Les amortissements en BIC ne créent pas ce type d'effet : ils ne passent jamais en dessous de zéro sur le résultat imposable, et ne peuvent pas être imputés sur d'autres catégories de revenus.
Si votre marché local ne justifie pas une sur-prime de loyer pour du meublé, zones rurales ou logements familiaux en grands typologies, l'écart de rendement brut entre meublé et nu se rétrécit. L'écart net réel, une fois les charges de gestion supplémentaires et la vacance locative plus fréquente du meublé intégrées, se situe souvent entre 1 et 2 points seulement selon les données 2026. La fiscalité fait une vraie différence, mais pas aussi massive que les chiffres bruts peuvent le laisser croire.
Et si vous achetez depuis le 21 février 2026 et souhaitez louer nu avec un locataire stable, le statut du bailleur privé mérite d'être étudié : il offre un avantage fiscal proche du meublé sans ses contraintes de gestion ni le risque de réintégration des amortissements à la revente.
Ce qu'il faut modéliser, c'est votre situation complète : loyer possible, charges réelles, tranche d'imposition, durée de détention envisagée, valeur du bien, et profil de votre marché local. Sans cette simulation, comparer meublé et nu sur des généralités ne sert à rien.
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